En France, chaque personne jette en moyenne 19 kilos d’aliments encore bons à consommer au cours d’une année, ce qui équivaut à un repas entier gâché toutes les semaines et représente une perte proche de 100 euros par an, d’après les données du ministère de l’Agriculture.
Pour un foyer de deux ou trois personnes, la facture grimpe rapidement et pèse sur un budget déjà mis à rude épreuve par l’inflation alimentaire.
Du côté des commerces, la loi Garot encadre elle aussi le gaspillage depuis 2016. Elle impose une hiérarchie dans la gestion des invendus, la prévention d’abord, puis le don ou la transformation, et oblige les distributeurs de plus de 400 mètres carrés à mettre en place des conventions avec des associations d’aide alimentaire plutôt que de jeter leurs surplus, sous peine de sanction.
Cette obligation a permis d’orienter une part importante des invendus de la grande distribution vers le don, et le mouvement a aussi progressivement gagné les petits commerçants, boulangers, primeurs et restaurateurs, qui n’y sont pourtant pas contraints par la loi, mais qui cherchent de plus en plus à valoriser leurs surplus plutôt que de les jeter.
C’est dans cet interstice que les applications anti-gaspillage se sont développées, pour faciliter la mise en relation directe entre ces commerçants et les consommateurs à proximité. Plutôt qu’un don, elles proposent une vente à prix réduit, ce qui aide le commerçant à écouler ses invendus et permet à l’acheteur de faire des économies.
Sept applications se distinguent aujourd’hui en France par leur réseau de partenaires et leur mode de fonctionnement. Leurs différences sont suffisamment marquées pour orienter votre choix selon vos habitudes de consommation et la région où vous habitez.
1. Too Good To Go
Too Good To Go voit le jour à Copenhague en 2016, avec la Française Lucie Basch parmi ses cofondateurs et se présente encore aujourd’hui comme la première application au monde consacrée à la revente d’invendus alimentaires aux particuliers.
Depuis, l’application a contribué à sauver plus de 500 millions de repas dans le monde, portée par une communauté de plus de 130 millions d’utilisateurs et plus de 180 000 commerçants partenaires, ce qui en fait aujourd’hui la référence du secteur.
J’utilise personnellement l’application depuis le Canada, où un partenariat a été noué avec Metro ainsi qu’avec Tim Hortons au Québec. Alors, avant de partir en voyage, un rapide coup d’œil à l’application permet de vérifier si la destination est couverte.
Le principe central est celui du panier surprise. Chaque soir, les commerçants partenaires mettent en ligne les invendus du jour sous la forme d’un panier dont le contenu précis n’est pas connu à l’avance. Boulangeries et supermarchés forment historiquement le cœur du réseau, rejoints au fil du temps par les commerces de bouche, les primeurs, la restauration, l’hôtellerie, les cafés et plus récemment les fleuristes et l’alimentation animale.
L’acheteur réserve son panier depuis l’application et vient le récupérer sur place, dans le créneau horaire fixé par le commerçant, généralement en toute fin de journée.
Le prix d’un panier surprise correspond en général au tiers de sa valeur commerciale d’origine, selon les explications données par l’entreprise elle-même. Un panier affiché à 12 euros de valeur d’origine coûte ainsi environ 4 euros à l’achat. Le paiement se fait directement depuis l’application, et aucun abonnement n’est nécessaire pour utiliser le service.
2. Phenix
Phenix naît en 2014, fondée par Jean Moreau et Baptiste Corval, deux ans avant Too Good To Go. Contrairement à cette dernière, pensée dès le départ pour la vente de paniers aux particuliers, Phenix démarre comme intermédiaire du don, en connectant les professionnels de l’alimentaire qui ont des surplus avec les associations qui manquent de denrées à redistribuer.
L’application grand public dédiée à la vente de paniers anti-gaspi arrive dans un second temps, aux côtés d’autres solutions pensées pour les professionnels. Aujourd’hui encore, Phenix collabore avec un réseau de plus de 3 000 associations partenaires en France et en Europe.
Le fonctionnement reprend la logique commune à la plupart des applications anti-gaspillage, avec quelques particularités propres à Phenix. L’utilisateur active sa géolocalisation pour repérer les commerçants partenaires à proximité, qu’il s’agisse de supermarchés, boulangeries, bouchers, traiteurs, fromagers ou restaurants.
De plus, une fonctionnalité de filtrage permet ensuite d’affiner la recherche selon le type de panier recherché, végétarien, bio, local, halal ou casher, ce qui limite les mauvaises surprises pour les profils alimentaires les plus exigeants.
Sur l’application Phenix, la réduction moyenne annoncée sur le prix des paniers atteint 50 % par rapport à leur valeur d’origine, selon les indications officielles de l’application. Les tarifs varient néanmoins selon le commerçant et le type de produits proposés.
3. Bene Bono
Bene Bono fonctionne sur un principe d’abonnement hebdomadaire à un panier de fruits et légumes composé à partir des surplus de récolte et des produits refusés par la grande distribution pour des raisons esthétiques, comme un poireau tordu ou une pomme trop petite.
Lancée en 2020, la plateforme, connue à ses débuts sous le nom Hors Normes, travaille en circuit court, directement avec des producteurs ou des groupements de producteurs français, sans intermédiaire.
Chaque semaine, un panier de fruits, de légumes et parfois de produits d’épicerie sauvés du gaspillage est proposé depuis l’application ou le site de Bene Bono. Il peut être personnalisé jusqu’au samedi soir, en retirant certains produits ou en ajoutant d’autres articles disponibles.
La livraison a lieu ensuite à domicile ou dans un point relais, selon la ville et le créneau choisi, parfois via un véhicule électrique ou un vélo cargo dans une logique de réduction de l’empreinte environnementale. L’abonnement peut être suspendu ou arrêté à tout moment, ce qui laisse une marge de manœuvre appréciable en cas de départ en vacances ou de changement dans vos habitudes de consommation.
Les produits proposés par Bene Bono coûtent jusqu’à 25 % de moins qu’en magasin bio traditionnel, selon les chiffres communiqués par l’entreprise, ce qui représente une économie moyenne de 227 euros par an sur vos courses bio.
Bene Bono livre aujourd’hui dans plusieurs grandes villes françaises, dont Paris, Lyon, Marseille, Lille et Toulouse. Depuis son lancement, la plateforme revendique plus de 9 000 tonnes de produits sauvés du gaspillage alimentaire, avec plus de 30 000 clients qui commandent chaque semaine leurs paniers anti-gaspi.
4. Olio
Six patates douces et un chou dans les bras, en plein déménagement, sans personne à qui les donner. Cette histoire, vécue par Tessa Clarke est à l’origine d’Olio, l’application qu’elle lance au Royaume-Uni en février 2015 avec Saasha Celestial-One, rencontrée durant leur MBA à Stanford.
Leur idée consiste à connecter les voisins pour qu’ils échangent leurs surplus alimentaires plutôt que de les jeter, luttant ainsi contre le gaspillage à l’échelle du quartier.
Publier une annonce ne prend que quelques secondes. Une photo, une brève description, et l’article rejoint la liste des dons disponibles dans le quartier, qu’il s’agisse d’un reste de pain, d’un pot de confiture entamé ou d’un pull qui ne sert plus. Les voisins intéressés contactent alors le donateur directement dans l’application pour convenir d’un lieu et d’un horaire de remise, la plupart du temps sur le pas de la porte.
Olio dépasse ainsi largement le seul cadre alimentaire, en couvrant aussi les vêtements, les livres et les objets du quotidien. Une fonctionnalité supplémentaire, baptisée Reduced Food, recense par ailleurs en temps réel les réductions proposées par certains commerces locaux.
Aucune transaction financière n’intervient dans l’app. Ce qui circule sur Olio se donne et ne se vend pas, une différence qui place l’application parmi les options les plus économiques de cette sélection, à condition d’accepter une offre moins prévisible, tributaire de la générosité et de la présence des voisins plutôt que d’un réseau de commerçants partenaires.
5. HopHopFood
Plus de huit millions de personnes vivent aujourd’hui en situation de précarité alimentaire en France, un chiffre qui pousse Michel Montagu, Sibylle Azandossessy et Jean-Claude Mizzi à fonder l’association HopHopFood en 2016. Leur constat de départ est sans appel, le gaspillage des ménages dépasse largement celui généré par la restauration et la grande distribution réunies.
L’application voit le jour en juillet 2018, avec pour double ambition de réduire le gaspillage domestique et de faciliter le don entre particuliers, y compris vers les personnes qui en ont le plus besoin.
Chaque utilisateur inscrit peut mettre en ligne les produits qu’il ne compte pas consommer, qu’il s’agisse d’un reste après un départ en vacances, d’un excédent après une soirée ou simplement d’un aliment qui ne lui convient pas. Un autre utilisateur intéressé ajoute alors l’article à son panier, avant que les deux parties ne conviennent d’un point de rendez-vous et d’un horaire pour l’échange, facilité par une messagerie intégrée à l’application.
Les dons se font entièrement gratuitement sur HopHopFood, une gratuité qui prend ici un sens particulier puisqu’elle s’inscrit directement dans une démarche de solidarité. Des partenariats ont été noués avec le Crous de Paris, le Centre d’Action Sociale de la ville de Paris et la Cité Internationale Universitaire, où des travailleurs sociaux distribuent des codes d’accès à l’application aux personnes qu’ils accompagnent.
L’association est aujourd’hui présente à Paris, Lyon, Lille, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Grenoble, Montpellier, Dijon et Nice, avec des antennes locales animées par des bénévoles. Au-delà de l’application, HopHopFood développe aussi un réseau de garde-mangers solidaires, des points de dépôt physiques accessibles à tout moment, où chacun peut déposer ou récupérer de la nourriture près de chez vous, sans même passer par un smartphone.
6. Freshopp
Le groupe familial Porketto, spécialiste de la viande de porcelet implanté depuis plus de 40 ans dans les Hauts-de-France, constate chaque année que 5 % de ses produits restent invendus, soit environ 150 tonnes de denrées qui ne trouvent pas preneur dans les circuits de distribution classiques.
En s’associant à d’autres acteurs de l’agroalimentaire confrontés au même problème, son directeur général Freddy Braure identifie un potentiel de 1 500 tonnes par semaine de nourriture pouvant être sauvées à l’échelle régionale. C’est ainsi qu’est né Freshopp, lancé début 2020 avant de développer sa propre application en septembre 2022, puis une version plus intuitive fin 2024.
Freshopp récupère directement les surplus auprès de producteurs et de transformateurs agroalimentaires, qu’il s’agisse de produits hors calibre présentant un léger défaut esthétique, de séries limitées ou d’arrêts de gamme.
Ces denrées transitent ensuite par deux plateformes logistiques réfrigérées situées près d’Arras, avant d’être proposées sur l’application sous forme de box thématiques telles que viande, poisson, mixte ou pause déjeuner, dont le contenu varie selon les arrivages.
La commande se passe entièrement depuis l’application, avec un retrait en Click and Collect gratuit sur un point de collecte choisi au moment de la commande, dans un créneau de 20 minutes. Un système de points de fidélité et de parrainage permet par ailleurs de cumuler des avantages sur vos prochaines commandes.
Cependant, malgré leur volonté à terme de couvrir toute la France, Freshopp reste aujourd’hui concentrée sur le nord de la France. Le service est disponible sur plus de 150 points de collecte répartis principalement dans les Hauts-de-France, avec une extension récente vers certains départements limitrophes d’Île-de-France, de Normandie et du Grand Est.
7. J’y Go
En 2022, environ 7 millions de Français déclarent ne pas manger à leur faim faute de moyens suffisants, selon les données du Crédoc, tandis que des tonnes de produits alimentaires continuent d’être jetées chaque jour. Face à ce paradoxe, Coop Saveurs, filiale de distribution de la coopérative agricole Cooperl, lance J’y Go, une application dédiée à la vente de paniers surprise à prix réduit.
La société, basée à Hérouville-Saint-Clair près de Caen, s’appuie ainsi sur son expérience de la filière viande et charcuterie pour proposer une solution anti-gaspillage accessible au grand public.
Le fonctionnement reprend le principe du panier surprise popularisé par les applications les plus connues du secteur. Cependant, les paniers rassemblent surtout des produits frais de viande et de charcuterie, des produits laitiers ainsi que des fruits et légumes.
J’y Go revendique plus de 50 000 téléchargements, un chiffre plus modeste dû notamment à sa couverture variable selon les régions. Alors je vous invite à vérifier par vous même dans l’application.
Ce qu’il faut retenir
Le succès de ces outils raconte surtout quelque chose sur notre rapport à la nourriture, cette habitude collective de préférer le calibré au comestible, le neuf au encore bon. Les applications ne réparent pas ce système, elles se contentent d’en récupérer les restes et de les revendre.
En attendant que les choses changent à la source, autant en profiter.
Pour aller plus loin, direction nos 10 astuces pour réduire votre budget courses alimentaires, ou notre comparatif des 8 meilleures applications de cashback si vous préférez vous faire rembourser une partie de vos achats plutôt que de traquer les invendus.